Hermès a publié le 22 octobre 2026 son chiffre d’affaires du troisième trimestre : 4 096 millions d’euros, en hausse de 4,3 % à taux de change constants et de 5,5 % à taux courants, selon le communiqué officiel du groupe. Sur le papier, la croissance reste solide. Mais pour qui lit les comptes d’une entreprise, ce trimestre est un cas d’école : l’écart entre chiffre publié et croissance organique, la concentration sur un métier et la géographie racontent une histoire plus nuancée que le titre.
Plan de l'article
Publié ou à changes constants : deux lectures du même trimestre #
Le premier réflexe d’un analyste est de séparer ce qui relève de l’activité de ce qui relève des devises. Au troisième trimestre, Hermès affiche +5,5 % en données publiées contre +4,3 % à changes constants : les variations de change ont donc gonflé le chiffre affiché sur ces trois mois.
Sur neuf mois, c’est l’inverse. Le chiffre d’affaires atteint 12 260 millions d’euros, en progression de 5,5 % à changes constants mais de seulement 2,9 % en publié. Le groupe chiffre l’effet de change défavorable à environ 310 millions d’euros sur la période. Autrement dit, le même indicateur, regardé sur un trimestre ou sur neuf mois, donne une impression opposée de l’effet monétaire.
La leçon vaut pour toute entreprise exportatrice : la croissance à taux constants mesure la dynamique commerciale, la croissance publiée mesure ce qui arrive réellement dans les comptes en euros. Les deux sont utiles, mais on ne les compare jamais entre elles.
Un ralentissement à mettre en perspective #
D’après France Épargne, le consensus des analystes visait une progression de 5,2 % à changes constants et 4,12 milliards d’euros de ventes. Le groupe fait donc un peu moins bien que prévu. La même source rappelle que la croissance trimestrielle avait atteint 5,6 % au premier trimestre et 6,7 % au deuxième : le troisième trimestre est le plus lent de l’année.
Ce type de comparaison séquentielle est souvent plus parlant que la comparaison annuelle seule. Une entreprise peut afficher une croissance positive tout en décélérant, et c’est la tendance qui intéresse les investisseurs comme les banquiers.
La maroquinerie porte le groupe #
Le détail par métier montre une forte concentration. La maroquinerie-sellerie réalise 1 912 millions d’euros au troisième trimestre, contre 1 700 millions un an plus tôt, soit +10,8 % à changes constants. Sur neuf mois, elle pèse 5 673 millions d’euros sur un total de 12 260 millions, près de la moitié des ventes.
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À l’inverse, plusieurs métiers reculent sur le trimestre à changes constants : le prêt-à-porter et accessoires (-2,0 %), les autres métiers Hermès (-1,1 %) et l’horlogerie (-6,0 %). Le parfum et la beauté rebondissent (+7,5 %) après un premier semestre plus faible.
Pour l’analyse financière, cette répartition pose la question classique de la dépendance à un produit phare. Tant que la maroquinerie tient, la marge globale est protégée ; si elle venait à ralentir, aucun autre métier n’a aujourd’hui la taille pour compenser.
Lire le mix produit dans un bilan
Dans les comptes d’une PME comme d’un grand groupe, la ventilation du chiffre d’affaires par activité est l’un des premiers éléments à examiner. Elle permet de repérer les relais de croissance, les activités qui consomment des ressources sans progresser, et le risque de concentration. Une analyse de bilan qui s’arrête au total des ventes passe à côté de l’essentiel.
La géographie : l’Asie hors Japon à l’arrêt #
La zone Asie-Pacifique hors Japon reste la première région du groupe, avec 1 650 millions d’euros au troisième trimestre. Mais sa croissance à changes constants est nulle (0,0 %) sur la période, selon les tableaux du communiqué. Ce sont les Amériques (+8,8 % à changes constants), l’Europe hors France (+9,5 %) et le Japon (+9,6 %) qui tirent la croissance. La zone « Autres », qui regroupe essentiellement le Moyen-Orient, recule de 4,5 %.
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Boursorama souligne d’ailleurs que les ventes du trimestre ont été dopées par l’Europe et l’Amérique. Pour une entreprise dont plus de 40 % des ventes sur neuf mois se font dans une seule zone (5 182 millions d’euros sur 12 260 en Asie hors Japon), une stagnation régionale suffit à freiner l’ensemble.
Ce que dit la direction #
Le groupe confirme son objectif à moyen terme d’une progression du chiffre d’affaires à taux constants qualifiée d’« ambitieuse », malgré les incertitudes économiques, géopolitiques et monétaires. Axel Dumas, gérant d’Hermès, déclare dans le communiqué : « En dépit d’une conjoncture complexe, Hermès poursuit sa croissance rentable et garde le cap. »
Le groupe continue aussi d’investir dans son outil de production : un 25e atelier de maroquinerie a ouvert à Loupes, en Gironde, en avril, et d’autres sont prévus à Charleville-Mézières (2027), Colombelles (2028) et Les Andelys (2030). Sur neuf mois, Hermès a par ailleurs racheté 94 846 de ses propres actions pour 160 millions d’euros, hors contrat de liquidité.
Ce qu’il faut retenir pour l’analyse #
Ce trimestre illustre trois réflexes d’analyse applicables à n’importe quelle entreprise. D’abord, distinguer systématiquement croissance publiée et croissance organique, et vérifier sur quelle période l’effet de change joue. Ensuite, comparer chaque trimestre au précédent, pas seulement à l’année passée, pour repérer une décélération. Enfin, décomposer les ventes par métier et par zone pour mesurer la dépendance à un produit ou à un marché.
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Les résultats annuels complets, avec la marge opérationnelle et la trésorerie, seront publiés le 12 février 2027. C’est là qu’on pourra vérifier si le ralentissement des ventes se répercute sur la rentabilité.




